Biens culturels spoliés restitués au Nigéria

Le vendredi 20 mars 2026, au Stadthaus de Zurich, le MEG, le Museum Rietberg et le Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich ont transféré au Nigéria la propriété de 18 biens culturels pillés, présents dans les collections des trois musées suisses, lors d'une cérémonie officielle. 

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Biens culturels spoliés restitués au Nigéria
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Biens culturels spoliés restitués au Nigéria
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Biens culturels spoliés restitués au Nigéria
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Biens culturels spoliés restitués au Nigéria

Cérémonie de signature du transfert de propriété des biens culturels du royaume de Bénin. En présence de Joëlle Bertossa (DCTN), Carine Ayélé Durand (MEG), Olugbile Holloway (NCMM), Babatunde Adebiyi (NCMM), Chief Nosakhare Nelson Agbonifi, Chief Osas Gabriel Edebor-Asuen et les représentants de l’Université de Zurich et de la Ville de Zurich. Photos Matthias Willi, Stadthaus de Zurich le 20 mars 2026.

La Ville de Genève a décidé de transférer à la République fédérale du Nigéria les droits de propriété sur trois biens culturels originaires du royaume de Bénin et actuellement conservés dans les collections du MEG. Cette décision répond à une demande formelle de restitution déposée le 22 mai 2025 par la National Commission for Museums and Monuments (NCMM), mandatée par le gouvernement nigérian et la cour royale de Bénin. Ces biens revêtent une importance culturelle exceptionnelle pour les descendants de la royauté et pour le Nigéria.

Joëlle BERTOSSA, Conseillère administrative en charge du Département de la culture et de la transition numérique déclare :

« En transférant les droits de propriété à la République du Nigéria, la Ville de Genève affirme son engagement en faveur de la réparation mémorielle dans le contexte historique des spoliations coloniales. Cette décision ouvre par ailleurs de nouvelles perspectives de dialogue et de coopération : en concertation avec la National Commission for Museums and Monuments et la cour royale de Bénin, il sera envisagé que l’un des trois biens culturels restitués au Nigéria reste exposé au MEG, avec le statut de prêt de longue durée ».

C’est avec une grande satisfaction que le directeur de la NCMM, Olugbile HOLLOWAY, accueille la décision de la Ville de Genève : 

« Elle contribuera, en tout cas, à panser certaines blessures de notre passé colonial. Je suis certain que le Palais royal de Bénin, la population de Bénin et tous les Nigérians apprécieront sincèrement la symbolique de cette restitution importante.»

 

Le MEG a organisé une table ronde le 19 mars 2026, dont cette vidéo est l’enregistrement, en présence de Joëlle Bertossa, conseillère administrative de la Ville de Genève en charge du Département de la culture; Carine Ayélé Durand, directrice du MEG; Floriane Morin, conservatrice Afrique au MEG; Michaela Oberhofer, conservatrice Afrique et Océanie au Museum Rietberg de Zurich, Olugbile Holloway, directeur général de la National Commission for Museums and Monuments (NCMM) du Nigéria et de l’artiste Samson Ogiamien. La discussion porte sur les enjeux juridiques, éthiques et mémoriels liés à la restitution des biens culturels pillés, dans le cadre de l’Initiative Bénin Suisse. L’événement aborde également la création artistique engagée accompagnant ce processus. Table ronde traduite simultanément en français et en anglais.

 

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Masque Iyagbon

Se-Ya-Ma

Retrouvez ici la capsule Se-Ya-Ma consacrée aux biens culturels du Royaume de Benin
Cette capsule virtuelle de l’exposition « Mémoires. Genève dans le monde colonial » rassemble les projets artistiques et scientifiques dédiés aux bronzes de Bénin dans les collections du MEG.

En collaboration avec le Musée Rietberg et le Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich

Ces dernières années, d’importantes restitutions ont eu lieu : en 2022, les musées allemands ont transféré environ 1100 artéfacts au Nigéria, puis en 2025, les Pays-Bas en ont restitué 119 et en février 2026, l’Université de Cambridge a annoncé le transfert de propriété de 116 objets au Nigéria.

Parallèlement à la décision de la Ville de Genève, la Ville de Zurich pour le Musée Rietberg et l’Université de Zurich pour son Musée d’ethnographie ont, elles aussi, approuvé le transfert de propriété sur des biens culturels originaires du royaume de Bénin et conservés dans leurs collections.

Les directrices des trois musées suisses, Carine Ayélé DURAND (MEG), Alice HERTZOG (Musée d’ethnographie - Université de Zurich) et Annette BHAGWATI (Musée Rietberg), déclarent dans un communiqué commun :

« Dans le cadre de l’Initiative Bénin Suisse, nos musées ont étroitement collaboré pour étudier l’origine des pièces provenant de Bénin avec une rigueur scientifique et en étroite collaboration avec leurs partenaires nigérians. Les résultats ne laissent aucun doute : certains artéfacts sont entrés dans nos collections à la suite du pillage et du commerce international d’oeuvres d’art qui ont suivi l’attaque britannique contre le royaume de Bénin en 1897. La restitution de ces biens culturels participe à l’étude, la préservation et la transmission d’une mémoire collective nigériane. En tant que musées et institutions suisses conscients de leur responsabilité éthique et recherchant activement le dialogue avec les communautés d’origine, nous soutenons le transfert de propriété. Il s’agit d’une étape cruciale de la réparation mémorielle, d’un geste de respect et d’une expression vivante de la coopération internationale.»

Contexte historique du débat sur les restitutions

En 1897, les troupes britanniques lancèrent un assaut sur la capitale du royaume de Bénin, situé dans l’actuel Nigéria. Elles s’emparèrent de milliers d’oeuvres d’art à vocation mémorielle et cultuelle, parmi lesquelles des reliefs, des représentations d’ancêtres et des instruments rituels. Ces biens culturels, aujourd’hui nommés les «bronzes de Bénin», furent ensuite dispersés dans le monde entier par le biais du marché international de l’art et intégrés à de nombreuses collections publiques et privées. Le laiton utilisé pour leur facture provenait en partie d’Europe et fut acquis dans le cadre du commerce transatlantique, au sein duquel étaient monnayées des personnes africaines captives, déportées pour être esclavagisées dans les plantations coloniales.

L’Initiative Bénin Suisse (IBS)

En 2021, huit musées suisses se sont réunis sous l’égide du Musée Rietberg afin d’étudier, en collaboration avec des partenaires nigérians, la provenance de leurs artéfacts originaires du royaume de Bénin. Au total, 96 objets sont conservés dans les institutions participantes en Suisse alémanique et en Suisse romande, notamment au Musée d’ethnographie de l’Université de Zurich (18), au Musée Rietberg (16) et au MEG (9). Les recherches menées dans le cadre de ce projet pluriannuel ont établi que 3 des 9 pièces conservées au MEG ont été assurément ou très probablement acquises à la suite du pillage, et sont donc à même d’être restituées.

Soutenu par l’Office fédéral de la culture, le projet s’est déroulé en deux phases : la Phase I (2021/22) a été consacrée à la recherche de provenance collaborative ; la Phase II (2023/24), à l’étude des contextes historiques, à de nouvelles formes de coopération muséale internationale et à la diffusion des résultats, notamment par l’exposition Mémoires. Genève dans le monde colonial (MEG, 3 mai 2024 au 5 janvier 2025) et le site associé www.genevecoloniale.ch.

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Biens culturels spoliés restitués au Nigéria - publication

Mobilizing. Benin Heritage in Swiss Museums

Un ouvrage sur les objets du royaume de Benin en Suisse, entre histoire, débats de restitution et collaboration avec des partenaires nigérians.

Publication disponible en pdf libre d’accès [PDF 5.5 Mo]
Version brochée disponible à la boutique du MEG