L'origine d'une vocation

Née en 1917 à San Carlos, dans la région de Ñuble, au sud du Chili, Violeta Parra est aujourd’hui reconnue comme l’une des figures les plus importantes de la culture chilienne et latino-américaine du XXᵉ siècle. Artiste polyvalente, chanteuse, compositrice, instrumentiste, poétesse et artiste visuelle, elle a développé une œuvre fondamentalement ancrée dans les traditions paysannes du Chili, tout en leur donnant une portée nouvelle, engagée sur les plans politique et social.

Image
El libro mayor de Violeta Parra

El libro mayor de Violeta Parra, par Isabel Parra. Ediciones Universidad Tecnológica Metropolitana, 2020. Collection personnelle d’Eileen Hofer

Plusieurs de ses chansons, comme « Gracias a la vida », ont été reprises par des artistes telles que Joan Baez et Mercedes Sosa et ont acquis une renommée internationale. Toutefois, l’importance de Violeta Parra ne saurait se réduire à cela. Son travail a profondément marqué la musique chilienne, notamment en posant les bases de ce qui deviendra, après sa mort, la Nueva Canción Chilena (nouvelle chanson chilienne). Ce mouvement, incarné par des artistes comme Víctor Jara ou Ángel Parra (fils de Violeta), perpétue deux dimensions fondamentales de son héritage : la revalorisation des musiques de tradition paysanne, longtemps marginalisées par les élites, et l’affirmation de leur impact politique en faveur de la justice sociale.

Résumé

« Arráncame el corazón » (cueca) [extrait], par Violeta Parra (voix, guitare). Suisse, Genève. Enregistrement fait le 6 juin 1963 au MEG par une personne inconnue. Bd553-1

 

Fichier audio

De plus, Violeta tient à faire entendre les voix des chanteurs et chanteuses qui portent la tradition de la musique chilienne, avec un profond respect et une grande admiration. C’est pour elle la « mission d'une vie », qui traverse l’ensemble de son œuvre. Dans sa correspondance, elle souligne la nécessité de préserver la musique populaire et de « défendre son peuple » (Parra, I., 1985 : 112). Loin d’être le fruit d’un projet tardif, cette conscience se forge très tôt, dans un cadre de vie où la musique est indissociable du quotidien.

Issue d’un milieu pauvre, Violeta Parra grandit au contact de pratiques musicales populaires, transmises oralement lors de fêtes et de rencontres. Son père, qu’elle décrit comme un « folkloriste » (Parra, I., 1985 : 26), joue de la guitare, et même s’il ne voulait pas au départ enseigner la musique à ses enfants, Violeta l’observe, l’imite et développe très jeune une relation essentielle avec le chant et la musique. Plus tard, à Santiago, elle poursuit dans cette voie en interprétant de la musique mexicaine dans des restaurants, en duo avec sa sœur Hilda, sous le nom de Las Hermanas Parra. Elle se produit également dans des bars, lors de scènes ouvertes et notamment dans des peñas, ces lieux de rencontre emblématiques des musiciens folkloriques, caractéristiques du cône sud de l’Amérique latine.

Cela n’est qu’un début, car une fois à Santiago, motivée par son frère le poète Nicanor Parra, Violeta entreprend plusieurs voyages afin de recueillir et sauvegarder une partie de la grande diversité de la musique populaire chilienne, une démarche qui constitue l’un des piliers de son héritage artistique et culturel.